jeudi 6 novembre 2008

Pour une approche consolatrice de l'erreur d'arbitrage


Le texte qui suit a été censuré par le quotidien Libération au prétexte bien futile
d'un afflux d'opinions liées à certaine élection outre-Atlantique


Parce que l'erreur d'arbitrage se conteste mais n'est jamais annulée, le football enseignerait à accepter l'injustice et l'arbitraire sans broncher, à convaincre de l'inanité de toute justice en ce monde, écrit Raphaël Verchère dans une tribune publiée en ces pages le 19 septembre.
Mais de même qu'un attaquant fauché dans la surface de réparation adverse se fait justice en marquant le pénalty sifflé par l'arbitre, le supporter peut se faire justice en se plongeant dans les délices d'une arithmétique réparatrice et projective se nourrissant de cette injustice et, par tant, la refusant. Arithmétique réparatrice en ce sens qu'elle permet d'annuler au moins virtuellement l'effet de l'erreur d'arbitrage (si le pénalty avait été sifflé, l'issue de la partie eût été différente). Mais aussi arithmétique projective en ce que ces 1 ou 3 points qui nous font défaut mesurent le potentiel réel de notre équipe, laquelle ne se retrouve engluée dans le ventre mou du classement que par l'intervention extérieure d'un arbitrage défaillant.

S'amuser, comme le fit récemment le quotidien L'Equipe, à réécrire le classement de la Ligue 1 en intégrant les prétendues fautes d'arbitrage n'a aucun sens. L'acte est vain puisque sans effet possible sinon celui de nourrir le débat sans fin sur le niveau de l'arbitrage. On ne peut en outre objectivement considérer que la modification d'un fait de jeu, en l'occurrence une erreur d'arbitrage, puisse s'opérer toutes choses égales par ailleurs. On aura plutôt tendance à penser qu'un match de football étant la somme des faits de jeu qui interviennent quatre-vingt-dix minutes durant, modifier l'un entraîne une modification des suivants. En clair, selon qu'elle mène 1-0 ou qu'elle est tenue en échec 1-1 sur sa pelouse, une équipe ne jouera pas totalement de la même façon, idem pour l'équipe qu'elle reçoit.

En revanche, il en va tout autrement pour le supporter dont l'état d'esprit est (trop ?) souvent indexé sur le comportement de l'équipe de son coeur. Qui n'a pas expérimenté l'abattement d'un proche au soir d'une cruelle défaite, ou vécu lui-même ce sentiment violent, sera sans doute insensible à ce qui suit. On ne saurait l'en blâmer.

La condition de supporter s'inscrit dans la durée, celle d'un championnat par exemple. Elle s'articule autour d'un passé (synthétisé par les points accumulés depuis le début de la compétition) et d'un avenir (les points qui restent à prendre). C'est le long de ce deuxième axe qu'interviennent l'arithmétique projective et la prise en compte de l'injustice subie comme outil d'anticipation. Sans ces hors-jeu imaginaires sifflés contre Gomis à Caen, sans ce pénalty oublié sur Hoarau bloqué par Viviani à Saint-Etienne, nous en serions ici plutôt que là au classement. Et cet ici que nous aurions dû côtoyer dès à présent, nous pouvons le rejoindre d'ici deux à trois journées puisque nous en avons le potentiel.

Loin d'accepter stoïquement l'injustice, ainsi que l'affirme Raphaël Verchère, l'amateur de football l'intègre donc dans l'équation des matches à venir. Non pas que les erreurs d'arbitrage, à terme, s'équilibrent. Nous n'y croyons pas davantage. Mais qu'elles masquent la vraie valeur d'une équipe, son potentiel véritable qui ne manquera pas de s'exprimer à domicile ou à l'extérieur, à la Beaujoire ou au Moustoir.

Loin de vivre dans la frustration de ce dû refusé, le supporter vit dans l'espoir que porte ce but refusé: l'espoir de situations similaires à venir, de combinaisons semblables qui finiront dans les filets de l'adversaire et que n'invalideront pas cette fois les décisions du corps arbitral. L'injustice fait partie de la vie. C'est un fait. Mais loin d'apprendre à l'accepter sans broncher, le football enseigne à faire appel de l'injustice pour garder foi en l'avenir, à tomber souvent mais espérer toujours.

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