jeudi 13 décembre 2012

La tête dans les oliviers pour ne pas y penser




Nous avions loué un gîte pas très loin d’Avignon. Notre logeuse n’avait rien d’un vieux Polonais qui cherche une mine d’or et nous ignorions si la piscine était loin. Les champs d’oliviers, eux, étaient en contrebas, à quelques lacets sur la route qui descend du col de Suzette. C’était week-end de cueillette, deux jours à traire les oliviers. 990 kg fruit par fruit dans nos paniers de plastique noir suspendus au cou. Le vent glacé nous raccrochait à cette autre Provence, celle de l’hiver. C’était pas pastis et souleïado, mais froid aux doigts et vin chaud. On se croyait chez Giono.
Nous grimpions aux arbres, assurant une position précaire. Pieds en opposition, jambes en tension, muscles sous acide lactique. D’une main amener un rameau à soi, de l’autre l’empoigner et glisser le long des feuilles. Plop, fait l’olive qui tombe au fond du panier. Plop, plop, plop. Nous ne pensions à rien d’autre que la mécanique des gestes. C’était samedi, puis c’était dimanche. Nous avions trouvé Quiplé et sa Une sur le match à ne pas manquer. Notre train tout à l’heure nous ramènerait à temps pour mater la seconde mi-temps. Si nous avions de la chance, nous aurions même la possibilité de voir la fin de la première. C’était derby.
Mais la tête dans les oliviers, nous n’y pensions pas. Et c’était bien ainsi. Parce que cette saison, c’est l’angoisse. Lorsque nous jouions le maintien, lorsque nous visions le ventre mou, c’était du repos pour l’âme. Perdre était la normalité, tout autre résultat relevait de la surprise heureuse. Divine même lorsque nous rossions une grosse écurie. Mais là, tandis que nous tutoyons la Liga de Campeones, l’angoisse de nous vautrer in fine vaut torture de l’âme. Comme cette Copa della Liga, là, où nous ne sommes plus qu’à une marche du Stade de France. T’imagines, toi, te faire planter là ? Alors qu’une bonne petite élimination en seizième, tu t’en tapes. Aussi perdre ce derby, c’est non seulement perdre contre Lyon, horreur, mais aussi lâcher trois points sur la tête. Horreur au carré. Alors plop, plop, plop, les olives. Et ne pas y penser.

DEUX LIGNES DE TEMPS ADDITIONNEL
Ce soir, bim !, encore un match à gagner pour rester au contact. Et pas un seul olivier pour m’occuper les mains et l’esprit.